Les résumés
des articles
Dossier
Christine Shaw
Ce que révèle lexil politique sur les relations
entre les États italiens
La pratique de lexil politique était particulièrement
répandue dans lItalie de la Renaissance. Les problèmes relatifs
aux exilés étaient un élément significatif dans les relations officielles
des États italiens. Les exilés eux-même constituaient une partie importante
du réseau de contacts, informel et dense, qui liait les populations des
différents Etats. La manière dont les gouvernements traitaient les exilés
des autres États était considérée comme une indication essentielle de
la véritable nature de leur attitude à légard des autres gouvernements.
Les États, afin de contrôler leurs exilés, recherchaient aide et coopération,
mais souvent les gouvernements « hôtes » étaient prêts à soutenir
quil était préférable de bien traiter les exilés, afin de ne pas
les inciter à entreprendre des actions désespérées. Le traitement et lattitude
à légard des exilés est un signe de lintensité particulière
de lintérêt nourri par les États italiens à légard des affaires
intérieures des autres. Il témoigne également de limportance quavait
leur réputation auprès des autres gouvernements pour celle de leur gouvernement
dans leurs propres États.
Christian Zendri
Eléments dune définition juridique de lexil
dans le Tractatus de bannitis de Bartolo da
Sassoferrato (1314-1357)
Exil et bannissement, souvent étroitement liés, présentent
un évident caractère politique et traversent une grande partie de lhistoire
européenne du Moyen Âge à lépoque moderne, jusquà marquer
aussi des temps qui nous sont plus proches. Vers la moitié du XIVe
siècle, le juriste le plus représentatif de la tradition du droit commun,
Bartolo da Sassoferrato, consacre au bannissement un Tractatus
qui marque, par lautorité et loriginalité de son auteur, toute
la réflexion juridique successive en Italie et ailleurs, grâce entre autres
à la très grande diffusion imprimé des uvres de Bartolo durant le
XVIe siècle. Partant de la réflexion élaborée par une tradition
doctrinale constituée au cours des siècles, Bartolo refuse de se couler
dans une dispute casuistique aussi détaillée que stérile. Il préfère plutôt
se concentrer sur lélaboration de principes qui, sappuyant
sur lautorité des sources du droit civil et canon, permettent de
définir les caractéristiques du banni et de reconnaître la force incontestable,
dans les faits, de la peine de bannissement infligée par des cités et
des gouvernements locaux, tout en préservant en même temps lautorité
universelle du droit commun qui permet de reconnaître au banni dune
cité tous les droits et devoirs propres aux cives Romani imperii.
Cest laffirmation des États nationaux qui effacera progressivement
lidée dune civitas capable de se soustraire à un horizon
territorial limité, et donc au pouvoir à luvre à lintérieur
de ces limites.
Lucie De Los Santos
Iacopo Nardi et les exilés florentins (1534-1537) :
élaboration dun nouveau discours républicain
Entre 1534 et 1537, Iacopo Nardi se fait le porte-parole
des exilés florentins de 1530 et 1533 qui, comme lui, ne peuvent espérer
rentrer à Florence quà condition de renverser la seigneurie médicéenne.
En reconstruisant la logique des démarches des exilés et en étudiant la
tradition manuscrite et imprimée de leurs discours, on se rend compte
que chacun deux répond à une phase particulière de ce combat et
sinscrit dans une stratégie précise. On peut alors considérer que
les discours de Nardi, tout en étant lexpression dune prise
de position politique personnelle, sont en même temps déterminés, tant
dans le choix de la forme que des thèmes abordés, par des nécessités tactiques
contingentes et une stratégie collective. À travers le cas de Iacopo Nardi
on voit que, suivant un processus décriture commune, cest
durant la querela contre Alexandre de Médicis que les exilés réinterprètent
les principes politiques traditionnels de la république florentine et
élaborent une nouvelle rhétorique républicaine répondant à la fois à la
création de nouvelles institutions à Florence et à leur propre condition
dexilés qui remet en question leur statut de citoyens.
Diego Quaglioni
« Iis, qui vix usquam locum tutum inveniunt ». Giuristi,
riformatori religiosi, fuorusciti. Matteo Gribaldi Mofa ( 1564)
En retraçant la vie du juriste italien Matteo Gribaldi
Mofa, exilé à Genève pour des raisons religieuses, lauteur entend
montrer combien les motifs politiques, scientifiques et religieux sentremêlaient
dans la vie intellectuelle de la nombreuse colonie européenne dexilés
italiens à la fin du XVIe siècle. Le message de Gribaldi Mofa,
suivant lequel personne ne devait être condamné pour ses idées et opinions
en matière religieuse, fut repris par des personnalités telles que Jean
Bodin qui sen servirent pour défendre lidéal de la liberté
de conscience.
Paolo Carta
Les exilés italiens et lanti-machiavélisme
français au XVIe siècle
Lauteur sinterroge sur la lecture des uvres
de lantimachiavélisme huguenot que firent les exilés républicains
italiens en France durant le XVIe siècle. Les relations entre
les exilés italiens sont étudiées à partir de la correspondance inédite
du lettré florentin Jacopo Corbinelli qui vécut sous la protection de
Catherine de Médicis, devenant dabord le précepteur du duc François
dAlençon puis le lecteur dHenri III.
Leonardo Casalino
Politica e cultura nellItalia repubblicana : memoria e
interpretazioni della Resistenza nella galassia azionista
Lauteur se propose de retracer lévolution de
la pensée historiographique sur la Résistance qui sest développée
parmi les membres du parti daction, de la seconde guerre mondiale
à nos jours. Cette évolution est commandée par une réflexion sur la signification
du fascisme et de lantifascisme dans lhistoire dItalie,
qui varie au fil des décennies de laprès-guerre en fonction des
événements politiques (apparition dun nouvel ordre mondial, développement
du parti communiste...) et des prises de conscience des anciens résistants.
Se font jour des réflexions autour des concepts de « rupture »,
« révolution », « guerre civile », « révolution
trahie ». Mais le bilan des interprétations de la Résistance de la
part des anciens membres du parti daction fait apparaître limpossibilité
de faire durer dans le temps une expérience qui avait pourtant permis
darracher la société italienne de son état de passivité et de résignation
qui pesaient sur son identité collective.
Matteo Palumbo
In margine alla questione savonaroliana
La multiplication détudes récentes sur Savonarole
montre combien le prédicateur dominicain constitue encore un problème
dont il est difficile de rendre compte de la complexité. Lélément
crucial de son interprétation est déterminé par le rapport entre politique
et prophétie. Ces deux aspects sont parfaitement entremêlés chez lui,
sans aucune opposition. Partant de la crise de son histoire, qui coïncide
avec le drame des guerres dItalie, Savonarole trace les conditions
dune régénération, qui est simultanément morale et civile. La renaissance
éthique devient, ainsi, la condition de création dun ordre politique
renouvelé, au sein duquel triomphe enfin de bien universel. Savonarole
incarne, de façon exemplaire, la tension entre lutopie de lidée
et les événements terrestres. Tout en reconnaissant limpossibilité
de traduire parfaitement la première dans ces derniers, il revendique
la nécessité dun rapport de réciprocité.
Michaela Valente
Le campane della propaganda : rapporti di reciprocità e conflitto
giurisdizionale a Venezia tra Cinque e Seicento
Lauteur veut attirer lattention sur les événements
qui, à Venise, ont suivi lInterdit. Elle sattarde en particulier
sur la présence et lactivité, non exclusivement diplomatique,
des ambassadeurs anglais et hollandais qui faisaient célébrer chez eux
des fonctions religieuses non catholiques : pour les annoncer,
ils faisaient longuement sonner les cloches, avec la collaboration même
des Italiens, malgré lopposition du nonce.
