Paolo Cammarosano, Storia dell’Italia medievale. Dal VI all’XI secolo, Roma-Bari, Laterza, 2001, p. 463, L. 48.000, € 24.79.

Christian Zendri

          La synthèse d’histoire du haut moyen-âge que nous offre Paolo Cammarosano dans ce volume s’ouvre avec une première partie intitulée Les contrastes fondamentaux, dédiée à l’examen des rapports entre hommes et femmes au cours des premiers siècles du moyen-âge, au moment du passage de la conception du mariage issue de la tradition juridique romaine et germanique à la conception chrétienne. Cammarosano se penche également sur les rapports entre parents et enfants, souvent enclins à la rébellion et désireux de prendre possession du patrimoine paternel, ainsi que sur les rapports entre hommes libres et esclaves, qui connaissent des altérations significatives justement au cours des premiers siècles du moyen-âge, à cause des changements des caractères fondamentaux de du servage classique. Au même moment surgissent les premières controverses alimentées par les oppositions de type religieux, entre chrétiens et juifs, chrétiens et païens, chrétiens catholiques et aryens, chrétiens latins et grecs, et enfin entre chrétiens et musulmans. Au sein de la chrétienté en outre s’affirme de manière de plus en plus précise la distinction entre clercs et laïcs.

          Dans la seconde partie, Bouleversement et mise en ordre, Cammarosano décrit du point de vue social et politique la situation italienne. L’accent est mis sur la persistance, malgré quelques crises, du rôle des villes, tandis que l’ancienne division administrative en régions et provinces, d’origine romaine, disparaît progressivement. En même temps, le peuplement connaît des mutations significatives : non seulement nous assistons à une réduction en nombre de la population, mais aussi à l’implantation de races venues du dehors, comme les Grecs, les Goths et les Longobards. A partir de cette implantation, violente évidemment à l’origine, se développeront par la suite des processus de cohabitation et de fusion pacifiques. Les invasions, en premier lieu l’invasion longobarde, ont porté également au fractionnement de l’unité politique de l’Italie, qui se répète ensuite lors de la conquête des Francs. Nous assistons encore à la naissance de ce phénomène grandiose, non seulement religieux, qu’est le monachisme bénédictin.

          La troisième partie, Les documents des églises, nous rappelle comment la diffusion des monastères a accompagné la formation d’importantes archives monastiques, au moment même où les archives privées et citadines se raréfient jusqu’à disparaître. La structure économique, qui bénéficie pourtant encore de la circulation monétaire (qui avec Charlemagne passe de la monnaie d’or à la monnaie d’argent), se modifie en fonction des nouvelles formes de dépendance personnelle : nous sommes à l’aube de l’économie rurale close. Entre le IXe et le Xe siècle on situe la naissance d’une sorte de « culture de notaires » : la documentation dont nous disposons augmente, ce qui témoigne aussi de l’accroissement des compétences juridiques et linguistiques des notaires, au moment même où des changements significatifs se vérifient, dans tous les secteurs de la structure sociale et politique, avec l’augmentation de la circulation des biens et des personnes. Ce sont des nouveautés que l’on trouve reproduites fidèlement dans la documentation d’archive. Tandis que la classe servile connaît une crise profonde, une classe de milites se développe. L’augmentation de la circulation des biens est accompagnée par une plus grande activité marchande et par une reprise de la tradition urbaine, toujours très importante en Italie.

          La quatrième partie est dédiée expressément à Société et politique. Tandis que la papauté renforce sa position dans l’Italie centrale, notamment grâce aux donations des Carolingiens, la structure politique, dans l’Italie septentrionale, tend à se fragmenter en segments qui trouvent leur centre dans un castrum. Au sud au contraire les dynasties qui ont un siège urbain maintiennent plus longuement un rôle incisif, accompagné par une instabilité importante de la structure diocésaine. C’est exactement le contraire de ce qui se passe au nord, où l’organisation épiscopale est stable et durable. C’est ainsi que de nouvelles élites sociales, et bientôt politiques, viennent à se former dans les villes septentrionales.

          La politique ottonienne, basée de préférence sur de grands monastères royaux et sur de grands sites épiscopaux, ne suffit pas à dépasser le contraste qui se développe entre villes et comtés, et qui est à l’origine, au cours du XIe siècle, des grands mouvements populaires urbains. Ces mouvements trouvent une expression importante dans le champ religieux, sous la forme de l’hérésie comme sous celle de la réforme ecclésiastique. Au cours des premières décennies du XIe siècle, les rites canoniques et le monachisme bénédictin connaissent de nouvelles impulsions, parmi les moines de Vallombreuse et les Cisterciens. En même temps les contrats féodaux se multiplient, et subissent la réforme de Conrad II en 1037.

          Le sud connaît la domination normande, tandis qu’au nord le grand conflit entre papauté et empire se prépare, au cours des controverses citadines et de la diffusion du mouvement patarin. Le renouveau de la lutte contre l’hérésie simoniaque mène aux premières réalisations de la réforme grégorienne, qui voit comme protagonistes, outre naturellement Hildebrand de Soano [Grégoire VII, ndt], les papes du XIe siècle, et Pierre Damien. Dans l’espace de quelques années la Chrétienté, sollicitée par le pape, commence à élaborer une nouvelle politique agressive contre l’Islam, déjà commencée avec la conquête normande de la Sicile. La politique d’Hildebrand-Grégoire VII est poursuivie par son successeur Urbain II, tandis que le nouveau monachisme cistercien, non plus fragmenté en une multiplicité d’abbayes indépendantes, et le renouveau de l’élan ermite s’affirment en Italie. Au moment où le mouvement des croisés s’étend dans toute l’Europe, la vie sociale devient de plus en plus complexe, tant dans les villes que dans les comtés. C’est justement dans ces dernières années du XIe siècle que nous assistons à une diffusion progressive de la langue vulgaire comme langue écrite, de moins dans les occasions à caractère informel, tandis qu’un nouveau style artistique, le style roman, célèbre ses premiers triomphes.

          En conclusion, le texte de Paolo Cammarosano offre certainement une utile vision d’ensemble d’une importante période de l’histoire italienne, dont l’étude est rendue complexe et difficile à cause de la pauvreté des sources documentaires. Ceci est d’autant plus important dans une période où l’on constate une baisse d’intérêt vis-à-vis des premiers siècles du moyen-âge. D’autre part, nous aurions désiré qu’une synthèse aussi bien informée dédie une plus grande et plus précise attention aux questions de caractère juridique, qui forment un tout avec les évènements sociaux et politiques de ces siècles, et conditionnent de façon incisive aussi bien les structures familiales que les rapports fonciers et personnels, les rapports entre serfs et ceux qui impliquent au contraire les plus hauts dignitaires ecclésiastiques et impériaux.

Traduit de l’italien par Laura Fournier